L’électrification des véhicules s’accélère à un rythme inédit, portée par des avancées technologiques, des infrastructures en plein essor et des réglementations de plus en plus strictes. Si l’électrique s’impose progressivement dans le marché automobile grand public, il devient également une évidence pour les véhicules utilitaires et spécialisés, y compris dans le secteur funéraire. Comment cette révolution va-t-elle impacter les professionnels du secteur ? Quelles sont les perspectives économiques et industrielles ? Décryptage d’une transformation inévitable.

Résonance : Monsieur Cao, pour donner suite à nos récents échanges concernant les ZFE, il me semble que les planètes s’alignent actuellement pour les véhicules électriques ?
Jérôme Cao : Effectivement, la transition vers les véhicules électriques s’accélère à une vitesse inédite. Je ne suis pas un pro-électrique dans l’âme, mais il est évident qu’actuellement plusieurs facteurs convergent pour faire de cette mutation une évidence technologique, économique et écologique.
Entre l’amélioration des batteries, le déploiement des infrastructures de recharge, la capacité énergétique, la baisse des coûts et les réglementations en faveur de l’électrique, tout concourt à un changement de paradigme, qui impactera, entre autres, le marché des véhicules funéraires.
R : Quelles sont les dernières avancées technologiques concernant les batteries ?
JC : L’autonomie des véhicules électriques a progressé de manière spectaculaire, passant de 150 km en 2010 (Nissan Leaf) à plus de 700 km pour les modèles les plus performants aujourd’hui. L’avenir est encore plus prometteur avec l’essor des batteries semi-solides qui seront mises sur le marché entre 2025 et 2030 et solides à partir de 2030.
Ces technologies permettront de dépasser les 1 000 km d’autonomie avec une recharge ultra-rapide en moins de 10 minutes. En parallèle, l’optimisation des moteurs électriques va aussi améliorer l’efficacité énergétique des véhicules.
Ces batteries de nouvelle génération (semi-solides et solides) vont apporter une durée de vie accrue, un gain de poids et surtout une sécurité maximale réduisant ou annulant tout risque d’emballement thermique et donc d’incendie. De plus, la recherche sur les matériaux des batteries vise à réduire leur impact environnemental tout en améliorant leur rendement. Le recyclage des batteries devient également un enjeu majeur, avec des entreprises investissant massivement dans le retraitement des composants pour réduire la dépendance aux matières premières rares.
R : Mais pour que l’électrique se déploie, ne faut-il pas plus d’infrastructures de recharge ?
JC : Le réseau de bornes de recharge est en plein boom. En France, on compte déjà près de 155 000 points de charge publics, dont 14 500 de haute puissance. L’objectif gouvernemental est d’atteindre 400 000 bornes d’ici 2030, facilitant ainsi la transition énergétique. L’amélioration des infrastructures permet d’envisager d’ores et déjà une recharge rapide en moins de 20 minutes, réduisant ainsi un des principaux freins à l’adoption des véhicules électriques.
À l’international, des pays comme les États-Unis et la Chine investissent massivement dans l’installation de superchargeurs. Tesla continue d’étendre son réseau de stations de recharge ultrarapide, tandis que l’Union européenne pousse au développement d’un maillage dense de bornes sur les grands axes routiers. Ces efforts conjoints assurent que l’électromobilité deviendra accessible et pratique pour un nombre croissant d’automobilistes et de sociétés de transports.
R : À ce rythme, est-ce que la production d’électricité va suivre ?
JC : Avec une production actuelle de 470 TWh, la France pourrait aisément absorber les 85 TWh supplémentaires nécessaires pour un parc entièrement électrique. L’augmentation de la part du renouvelable et la construction de nouveaux réacteurs nucléaires devraient garantir un approvisionnement suffisant. En outre, la gestion intelligente du réseau – via la recharge nocturne et le Vehicle-to-Grid (V2G) – permettra de lisser la consommation électrique et d’éviter toute surcharge.
Concernant le transport de plus d’électricité, EDF, via Enedis, prévoit d’investir 96 milliards d’euros d’ici 2040 pour moderniser le réseau de distribution, avec un budget annuel dépassant 5 milliards d’euros. RTE, de son côté, lance un plan de 100 milliards d’euros sur la même période pour renforcer le réseau haute tension et raccorder les nouvelles infrastructures électriques. Au total, près de 200 milliards d’euros seront investis pour adapter le réseau aux défis de la transition énergétique.
R : Mais est-ce que les professionnels du secteur funéraire vont pouvoir financièrement évoluer vers des véhicules électriques ?
JC : Le prix des véhicules électriques devrait significativement diminuer dans les années à venir grâce à la chute du coût des batteries et à la production de masse. D’ici 2030, le prix moyen d’un véhicule utilitaire électrique nu sera comparable à celui d’un thermique, avec des modèles d'entrée de gamme abordables sous la barre des 30 000 €.
Les aides gouvernementales via les Certificats d’Économies D’énergie (CEE) vont renforcer cette tendance. Les économies sur le carburant (G.O./électricité) ainsi que la réduction des frais de maintenance vont aider à rendre l’électrique plus attractif et plus accessible, pour nos clients pompes funèbres. Nous pourrons revenir plus en détail sur ce point lors d’un prochain article.
R : Vous aviez évoqué, dans notre parution de janvier, les nouveautés réglementaires concernant les ZFE favorables à l’électrique Existe-t-il d’autres réglementations qui vont dans ce sens ?
JC : Quelles que soient les rumeurs, l’Union européenne a fixé un cap clair : à partir de 2035, plus aucun véhicule thermique neuf ne sera commercialisé. D’ici là, les constructeurs devront réduire de 55 % les émissions de CO2 de leurs nouveaux modèles. Cette réglementation, combinée aux interdictions progressives des centres-villes aux véhicules polluants, accélère l’adoption massive des véhicules électriques.
Depuis le début de l’année 2025, la réglementation CAFE (Corporate Average Fuel Economy) a évolué. Elle impose aux constructeurs automobiles européens de réduire aussi les émissions moyennes de CO2 de leurs véhicules utilitaires légers neufs. La limite est fixée à 147 g/km. En cas de dépassement, les constructeurs automobiles s’exposent à des amendes de 95 € par gramme excédentaire et par véhicule vendu, quel que soit son type. Forcément, dans ce cadre, toutes les marques vont pousser vers l’électrique, l’hybride, l’hydrogène…
Il faut avoir en tête que la transition électrique est un enjeu économique, politique et industriel majeur. Sur le plan économique, la transition vers l’électrique améliorera la balance commerciale de la France ainsi que son indépendance vis-à-vis de pays "hostiles". La réduction des importations de pétrole pourrait générer jusqu’à 40 milliards d’euros d’économie par an.
Par ailleurs, la relocalisation de la production des batteries et des véhicules électriques est un enjeu stratégique pour l’industrie française et européenne. L’essor de la filière électrique crée également de nouveaux emplois dans la recherche, le développement et la fabrication des composants essentiels. Des entreprises françaises investissent dans les giga-usines, assurant ainsi un rôle clé dans cette mutation industrielle.
R : Que pouvons-nous conclure avec tous ces éléments ?
JC : En ce début de quart de siècle, tous les voyants semblent au vert pour une adoption massive des véhicules électriques, utilitaires compris. L’innovation technologique, le déploiement des infrastructures, la capacité énergétique, la baisse des coûts, les réglementations et les volontés politiques convergent pour faire de l’électrique la norme dans un avenir très proche.
Les années à venir seront décisives pour consolider cette transformation. L’adoption progressive des nouvelles technologies, couplée à un soutien public constant, garantira que la mobilité électrique professionnelle deviendra une réalité accessible et durable pour nous tous.
Résonance n° 213 - Mars 2025
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